Culture, Histoire : Plongée dans l'Arles antique

Arles

Le service archéologique du Musée départemental Arles Antique (MDAA) a mené de nouvelles fouilles subaquatiques dans le Rhône. Avec de belles découvertes à la clé.

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Pendant six semaines, du 25 août au 3 octobre 2025, quinze plongeurs archéologues se sont une nouvelle fois immergés dans les profondeurs du Rhône pour mieux comprendre l'histoire d'Arles, carrefour maritime majeur de l'Empire romain. Ce sont ainsi trois opérations conjointes qui ont été co-dirigées par le Musée départemental Arles antique (MDAA), le CNRS (Centre Camille-Julllian) et l’INRAP*.

Sur la rive, juste en face du MDAA, cette nouvelle campagne a d’abord permis de fouiller intégralement un bateau coulé voilà 2000 ans dont le nom de code archéologique est Arles-Rhône 15. Les recherches en laboratoire devront permettre d'établir la fonction de cette petite barque très bien conservée découverte en 2009.

Un trésor exceptionnel de 850 pièces de monnaie

Les plongeurs archéologues se sont également rendus sur une autre épave, Arles-Rhône 7, une allège à fond plat du 3e siècle qui servait à transborder les marchandises des grands navires de mer qui ne pouvaient pas remonter le fleuve. À proximité, ils ont découvert un trésor exceptionnel de 850 pièces de monnaie antiques.

Pour la première fois dans le Rhône, les archéologues ont pu prendre des clichés pour reconstituer en 3D ces deux épaves, offrant une vision d'ensemble impossible à obtenir sous l'eau.

Une 25e épave découverte

En parallèle, des prospections et des sondages ont été menés, permettant notamment de démontrer que le port s’est considérablement agrandi au fil des ans. Un dépotoir portuaire (amphores, vases, bouchons, etc.) datant du 1er siècle ap. J.-C. a été mis au jour. Et la découverte d’une pièce de charpente a permis de révéler l’existence d’une nouvelle épave, la 25e recensée à ce jour dans le Rhône.

Au cours de fouilles précédentes, le fleuve avait déjà livré son lot de trésors. À l’image du chaland Arles-Rhône 3, renfloué en 2011 et désormais présenté au MDAA où il rencontre un franc succès auprès du public. C’est toute la particularité et la richesse de ce musée, l’un des rares en France à enrichir directement ses collections avec les fouilles effectuées par son propre service archéologique et le seul à avoir une cellule subaquatique.

* en collaboration avec le Drassm et le Musée national de la Marine.

Le Rhône n’a pas bougé en 2 000 ans !

Sabrina Marlier, archéologue maritime, et David Djaoui, archéologue spécialiste de l’étude des amphores, travaillent au MDAA et ont co-dirigé les fouilles.

  • Pourquoi trois opérations simultanées cette année ?

Sabrina Marlier : On a voulu mutualiser les moyens humains et techniques, avec une équipe d’archéologues dédiée aux fouilles dont les membres sont tous plongeurs professionnels habilités à descendre jusqu’à 50 mètres et une équipe chargée des prospections avec différents spécialistes.

David Djaoui : Le soutien du Département et les subventions du Service régional de l'archéologie sont essentiels. Cela nous permet d’engager des équipes et d’avoir le matériel nécessaire.

  • Comment travaille-t-on au fond du Rhône avec si peu de visibilité ?

S.M. : Nous sommes équipés d'un casque avec les lumières. Mais on doit parfois arrêter quand les conditions sont trop mauvaises. Ça a été le cas sur ces 6 semaines de fouilles où on a perdu 6 jours de travail.

D.D. : On travaille comme en spéléologie. On plonge et on remonte au même endroit en suivant un câble. Parfois on travaille au toucher, pour dégager une amphore par exemple. Si on doit se retrouver dans le noir total, on ôte ses gants pour sentir le courant et comprendre où l'on est.

  • Que nous apprennent ces fouilles sur l'Arles antique ?

S.M. : Ce qui est singulier à Arles, c’est le nombre de types de bateaux différents : chalands, bateaux à fond plat, bateaux avec une quille, radeaux, barques... C’est très rare et vraiment spécifique au delta du Rhône. En étudiant leur construction, le matériel de bord des marins, les marchandises transportées, on arrive à se faire une idée plus précise du fonctionnement et du rôle prépondérant du port d’Arles.

D.D. : Pour moi, le miracle du Rhône, ce sont ces millions d’amphores. Amphores à huile, à vin, à poisson... Chaque forme d’amphore correspond à un produit spécifique et à une origine géographique. Parfois on arrive même à remonter jusqu’au producteur.

Les amphores étaient de simples emballages destinés à être jetés par-dessus bord une fois leur contenu transvasé. Elles viennent de toute la Méditerranée et sont un précieux témoignage de l’intensité des échanges commerciaux.

Le deuxième miracle, c’est que le quai moderne n’a pas recouvert les vestiges du port romain. Et ce qui est passionnant en étudiant tout ça, c’est de se dire que finalement le Rhône n’a pas bougé en 2 000 ans !